A la recherche du « sensible »

Publiée le 27 août 2026

Les approches sensibles ouvrent de nouvelles voies pour comprendre, raconter et agir en faveur de la biodiversité. Arts visuels, théâtre, poésie, photographie, médias, création sonore… autant de langages qui révèlent les liens profonds entre les habitant·es, leur territoire et le vivant. Voir autrement. Ressentir. Échanger. Elles enrichissent ainsi les démarches de recherche-action et font émerger de nouvelles façons de penser et d’agir collectivement. Le sensible ne remplace pas les savoirs scientifiques et techniques : il les complète, en mobilisant les émotions, l’imaginaire et l’expérience vécue. Faire une place à la création, c’est donner aux territoires les moyens d’inventer des trajectoires de transition plus ambitieuses, plus partagées et plus durables. En Bretagne, différents projets font appel au « sensible » dans leurs recherches. Nous en avons choisi 2 pour illustrer cet article.

(Re)Source marche Sensible Scorff foret ONF en 2026 © Charlotte Bigard - Agence Bretonne de la Biodiversité
(Re)Source marche Sensible Scorff foret ONF en 2026 © Charlotte Bigard - Agence Bretonne de la Biodiversité

(Re)source : comment l’approche culturelle et sensible des rivières peut être un levier du dialogue environnemental

(Re)source est piloté par Eau et Rivières de Bretagne, l’Assemblée Permanente des Présidents des commissions locales de l’eau de Bretagne et l’université Rennes 2 (laboratoire CNRS Espaces et Sociétés). L’Agence Bretonne de la Biodiversité prend le rôle de tier-veilleuse dans le cadre de ce projet, en le suivant sur le long terme et en ayant un regard extérieur sur le processus de co-construction des savoirs.

Ce projet de recherche-création s’intéresse à 2 territoires, et plus précisément, à 2 rivières : le Scorff dans le Morbihan et l’Aber Wrac’h en Finistère. Cette recherche-action s’inscrit dans la continuité des démarches d’Atlas socio-culturels des rivières visant à valoriser les cours d’eau et rivières du territoire à l’initiative de la Région Bretagne, Eau et rivières de Bretagne et l’Assemblée Permanente des Présidents de Commissions locales de l’eau de Bretagne avec le soutien de l’Office français de la biodiversité.

Du côté du Scorff, Kizzy Sokombe et les habitant·es de l’estuaire avec le soutien de l’association environnementale a réalisé un atlas socioculturel.
Sur les rives de l’Aber Wrac’h, le collectif de riverains Mammennou Dour a émergé il y a quelques années pour (re)penser leur rapport à la rivière.

La recherche porte sur une comparaison de ces deux approches de la rivière, l’une proposée par une association déjà institutionnalisée, l’autre émergeant spontanément du territoire, afin d’analyser ce que cela produit en matière d’attachement, mais aussi en matière de gouvernance et d’évolution des pratiques sur un temps long.

Dans le cadre de ce projet, des compagnies de théâtre, des écoles d’art et d’autres artistes s’impliquent pour nourrir les dynamiques et construire des savoirs collectifs et pluriels.

Au-delà des rencontres techniques et des stage apprenants, c’est la marche qui rassemble. Au cours de l’eau, étape par étape, les participant·es ont le temps d’explorer la rivière et ses composantes géographiques, des sources à la mer. Le temps de la marche permet de se ressourcer, de discuter, d’inventer, d’observer, d’apprendre, de prendre conscience et de s’attacher d’autant plus à ces écosystèmes singuliers, magnifiques et à fort enjeu de biodiversité.

Ces expériences semblent produire un changement de regard profond, réintroduisant une relation directe au milieu, une imprégnation, une reconnexion. Le projet est en cours, et le carnet de bord publié très régulièrement permet de suivre les actions et les recherches “en marchant”.

 

Se souvenir des loups : un spectacle participatif sur l’amnésie environnementale inspiré de l’enquête régionale « Bien-être et paysages bretons »

Spectacle "Se souvenir des loups" porté par l'observatoire de l'environnement en Bretagne pour valoriser les résultats de l'enquête "Bien-être et paysages bretons" © Nicolas Drouet - Cie La Cavale

« Se souvenir des loups « © Nicolas Drouet – Cie La Cavale

« Se souvenir des loups » est composé de 5 pièces de théâtre crées par le Collectif LACAVALE et une quarantaine de citoyen·es venu·es des 4 coins de la Bretagne d’âges et d’horizons variés . Ces spectacles sont tirés de l’enquête “Bien-être et paysages bretons” pilotée par l’Observatoire de l’environnement en Bretagne et publié en 2024 après plusieurs années de travail partenarial, notamment avec des chercheur·ses et de multiples acteur·trices breton·nes (dont l’Agence Bretonne de la Biodiversité). L’enquête complète aborde toutes les facettes des paysages et montre notamment l’importance de la présence de la faune et de la flore dans les lieux de vie des Breton·nes pour la qualité paysagère de leur environnement quotidien.

Les pièces de théâtre ajoutent alors une nouvelle dimension à cette enquête. Les commédien·nes y invoquent leurs ancêtres, leurs histoires, leurs souvenirs, le vivant qui les touche et qui les entoure, la façon dont iels entendent et sentent la nature…

5 moments suspendus, vivants et profonds…

Par la transformation de l’enquête sociologique en pièce de théâtre, c’est le sensible de chacun·e qui entre en jeu, et qui donne une dimension toute autre aux résultats, d’autant plus ancrés et percutants.

Ces approches s’inscrivent dans la dynamique nationale « Relations humains non-humains », animée et suivie par l’Office français de la biodiversité, qui partage des expériences et des outils pour accompagner de telles démarches.

Quelques recommandations de lecture pour creuser le sujet :

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Charlotte Bigard
Cheffe de projet recherche / connaissance
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charlotte.bigard[at]biodiversite.bzh